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Comment le Maroc tisse sa toile en Afrique


Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5351 Le 17/09/2018 | Logique efficace des relations basées sur du concret. Objectif: accélérer le processus d’intégration et de libre-échange Ouverture sur les pays d’Afrique de l’Est et Australe.

«Les priorités de la politique marocaine en Afrique sont implicites de par la vision royale. Le fait que SM le Roi effectue 50 déplacements dans 30 pays en moins de 5 ans, donne déjà le «la» des relations privilégiées avec l’ensemble des pays africains. Le nombre d’accords signés montre que nous ne sommes pas dans le stratosphérique mais dans du concret». La voie est toute tracée pour Mohsine Jazouli, nouveau ministre en charge du dossier africain.

Un point passe néanmoins inaperçu. Il s’agit du rôle du Maroc dans le maintien et la consolidation de la paix. Rabat est totalement engagé sur le terrain: 14e pays au monde contributeur en casques bleus avec 1.605 soldats marocains dans les missions de maintien de la paix en Centrafrique et au Congo. Cet effort, qui marque l’engagement pour la paix, est salué par la communauté internationale.

Un marché de plus de 1,2 milliard de consommateurs

Dans le même sens, les efforts consentis par le Maroc et par l’Union Africaine sous le leadership du Souverain sur le sujet de la migration visent à mieux appréhender les flux dans une approche responsable et courageuse. Dans le même élan, le Maroc est aussi impliqué dans le processus de renforcement de l’intégration régionale. Celle-ci va accélérer la mise en place de la Zone de libre échange continentale africaine signée à Kigali en mars dernier. 49 pays ont paraphé cet accord, ratifié à ce jour par 8 Etats. Il en faudra 22 pour qu’il soit effectif.

«Au Maroc nous sommes engagés pour réussir ce pari car, à terme, dans cette zone de libre-échange, il n’y aura plus de barrières douanières entre les Etats africains. Ce qui permettra une libre circulation des biens et des produits, renforçant ainsi la compétitivité des entreprises africaines  sur un marché de plus de 1,2 milliard de consommateurs», note le ministre.

Il considère qu’avec cette Zone, le continent sera mis sur le sentier d’une croissance pérenne et créatrice d’emploi. Car, tous ces chantiers vont accélérer l’émergence du continent. Dans son discours adressé au Sommet extraordinaire de l’UA tenu à Kigali en mars 2018, le Souverain a été on ne peut plus clair: «nous construisons l’Afrique de demain, celle que nous allons laisser à nos enfants».

«Changer leur pays, startup après startup»

Dans cette dynamique, le Maroc a de nouvelles perspectives en Afrique de l’Est et en Afrique Australe. L’ouverture vers ces régions est déjà une réalité. En effet, le Royaume a ouvert des ambassades en Tanzanie et au Mozambique. Des dizaines de projets à fort impact ont été lancés au cours de visites royales en Ethiopie, à Madagascar, au Rwanda, en Tanzanie et en Zambie. Au cours des années à venir, d’autres ambassades seront ouvertes, de nouveaux accords signés et des dizaines de projets seront lancés.

En tout cas, le ministre considère que le Maroc a beaucoup «à apprendre de l’Afrique. Sur le terrain, je rencontre des jeunes entrepreneurs pleins de talent qui sont en train de changer leurs pays, startup après startup». En 2016, celles-ci ont levé près de 129 millions de dollars de financement.

Pour lui, «ce montant honorable démontre l’envie de cette jeunesse de s’en sortir. Elle s’ingénie à trouver des solutions innovantes, répondant aux besoins des populations locales. Cette jeunesse africaine entreprenante est en passe de devenir l’une des principales sources de création d’emplois. Ce sont autant de compétences et de qualifications disponibles pour les entreprises marocaines en Afrique».

Package de 60 milliards de dollars

Le 3e Sommet sur la coopération sino-africaine, qui s’est achevé à Pékin au début de ce mois, a été un rendez-vous marquant la montée en puissance de la Chine en Afrique. A cette occasion, le président chinois a annoncé 60 milliards de dollars pour le continent. En réalité, le package se décompose de la manière suivante:
 15 milliards de dollars en prêts sans intérêts
– 20 milliards de dollars en lignes de crédit (pas de détail)
– 10 milliards de dollars pour les projets de développement en Afrique
 5 milliards de dollars pour soutenir les exportations africaines
 10 milliards de dollars destinés aux entreprises chinoises pour les inciter à investir ce montant en Afrique.

                                                                    

10 fois la Chine pour réaliser le travail dans le continent

La place du Maroc en Afrique a été visible lors du 3e sommet Chine-Afrique. Surtout que  depuis la dernière rencontre à Johannesburg de 2015, Pékin a clairement marqué son intérêt pour le continent que les chiffres illustrent de manière têtue.

Ainsi, la Chine est aujourd’hui le premier investisseur. Elle dispose de programmes dont le dernier, de 60 milliards de dollars réalisé à 90%. Elle reprend un nouvel engagement d’un montant similaire. Pour le ministre, il s’agit d’une «relation de respect, pragmatique et inconditionnelle.

La Chine s’adresse aux africains de manière froide, sans donner de leçons. Elle est là pour créer des relations gagnant-gagnant et bâtir quelque chose de durable». En effet, au cours des trois dernières années, la Chine a mené plusieurs projets, dans l’infrastructure, des routes, des barrages, des ponts, des chemins de fer, ports, des aéroports.

Aujourd’hui, elle fait fonctionner les différents modes de partenariat notamment le PPP, le BOT où elle réalise des infrastructures de base avec une bonne rentabilité. Par ailleurs, les besoins de l’Afrique sont estimés à plus de 130 milliards de dollars par an. Autrement, il faut 10  fois la Chine pour réaliser le travail dans le continent.

«Heureusement, il existe des européens, des américains, des moyens orientaux pour le faire. Il ne faut pas regarder les choses de manière exclusive. L’Afrique a besoin de relations multiples pour se développer. Il est impératif d’arrêter de mettre en compétition ses partenaires. Au contraire, il faut les mettre en synergie, en co-contribution», souligne le ministre.


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