Tout est parti d’un constat : les plates-formes telles que YouTube ne partagent pas suffisamment les revenus, et notamment avec les premiers concernés, à savoir les créateurs de contenu. C’est l’avis de Adrien Mennillo, entrepreneur de 32 ans et cofondateur de uTip qui se présente comme « un partenaire financier des créateurs de contenu indépendant ». L’idée est de soutenir la création en permettant aux auteurs de diffuser leur production sur Internet et d’en tirer une rémunération convenable.

Fondée en 2017, la start-up uTip met à disposition des créateurs de contenu des liens qu’ils peuvent partager sur tous leurs réseaux sociaux. Les internautes, après avoir cliqué, peuvent soutenir financièrement le créateur en faisant directement un don, en achetant un produit, ou, beaucoup plus original, en acceptant de regarder (en entier) une publicité ou en minant des cryptomonnaies. Le concept se veut être à la fois un coup de pouce aux créateurs, mais aussi une opportunité pour les annonceurs puisque leurs publicités sont diffusées entièrement à des personnes s’y soumettant volontairement, et donc attentives.

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« Les internautes sont d’accord pour regarder de la publicité parce qu’ils ont eu le choix et savent qui va être rémunéré », affirme Adrien Mennillo qui affiche plus de 100 000 visionnages sur sa plate-forme. Chaque réclame vue rapporte quelques centimes d’euros au créateur. Un complément de revenu qui vient souvent s’ajouter à ceux récoltés sur YouTube et sur Tipeee, une plate-forme qui ressemble à un LinkedIn et une page de crowdfunding pour les vidéastes.

Si ce type d’alternatives se multiplient, c’est qu’elles pourraient bien répondre à un double écueil rencontré par YouTube depuis quelques mois. D’une part, nombre de Youtubeurs se plaignent de nouvelles règles de monétisations, et d’autre part, certains annonceurs pourraient être échaudés par le fait que sur Facebook ou YouTube, les publicités peuvent être passées au bout de 3 à 6 secondes ou se retrouvent avant des contenus douteux. Adrien Mennillo cite le scandale Logan Paul ou le fait que des marques ont trouvé leur publicité avant une vidéo d’apologie du terrorisme par exemple. « C’est un vrai problème de brand safety : les marques ont peur de se retrouver avant un contenu qui les invalide. »

Côté youtubeurs, certains peinent en effet à percer sur la plate-forme. Une réalité illustrée par l’actualité tragique de ce début avril. Le 3 avril, une femme de 39 ans originaire du sud de la Californie faisait feu au siège de YouTube, filiale de Google, à San Bruno, avant de se suicider. L’assaillante, Nasim Aghdam, postait régulièrement des vidéos de recettes vegan et dénonçait la maltraitance envers les animaux sur plusieurs de ses chaînes. Elle reprochait à la plate-forme, qu’elle « haïssait », selon ses proches, ses nouvelles règles de monétisation et le retrait de certaines de ces vidéos. « YouTube filtre mes chaînes pour m’empêcher d’obtenir des vues »,écrivait-elle sur son site, rapporte Les Echos. Or, la visibilité des vidéos permet la monétisation.

Démonétisation des vidéos

« Les petits Youtubeurs publient des vidéos et l’algorithme les démonétise sans qu’ils comprennent pourquoi », explique Adrien Mennillo. Selon lui, un simple titre ou une méta donnée qui ne convient pas à l’algorithme peut suffire à la plate-forme pour étouffer une vidéo. « Il faut comptabiliser des milliers d’heures de vue sur sa page pour parvenir à une monétisation », ajoute le concepteur de uTip.

Début janvier, YouTube a en effet annoncé que les chaînes suivies par plus de 1 000 personnes devraient avoir engrangé plus de 4 000 heures de vues sur l’année précédente pour espérer obtenir un programme partenaire de monétisation.  Il y a quelques jours, l’entreprise américaine s’est adressée à ses vidéastes en leur soumettant quelques alternatives à la monétisation, dont le fait de publier un “à propos” avant les diffusions pour éviter la démonétisation a posteriori, rapporte le Blog du modérateur.

Selon l’entrepreneurs, les GAFA réfléchissent en terme d’impression et non de qualité des publicités et du visionnage. « Trente secondes peuvent permettre de passer un message, pas trois », remarque Adrien Mennillo conscient que « la publicité sature le marché sur internet » et propose aux annonceurs de « soigner leur marque ».

Prix libre

Il n’y a pas que dans la rémunération des créatifs que uTip propose une approche originale. Après avoir réalisé une première levée de fonds de 500 000 euros en mars dernier, la start-up compte sur sa communauté pour se rémunérer. L’auteur ouvre gratuitement un compte sur la plate-forme qui lui donne accès à un TipLink et une cagnotte qu’il peut retirer entièrement ou peut décider de reverser une somme de son choix à uTip. « En moyenne, les gens nous laissent 5 à 6% de ce qu’ils empochent grâce à ce système », indique l’entrepreneur.

Pour l’instant, l’entreprise a réussi à convaincre les créatifs, mais manque de publicité pour tous les rémunérer. Un changement des mentalités doit pourtant s’opérer, estime Adrien Mennillo selon lequel il est nécessaire de faire comprendre qu’un contenu vu gratuitement coûte et mérite rémunération.

Audrey Chabal

Par – Auteur

Journaliste cheffe de rubrique Management / Entrepreneurs / Femmes@Forbes