Avec son statut de scientifique contemporain le plus renommé au monde, la voix artificielle de Stephen Hawking a porté bien au-delà de sa spécialité scientifique. Avec souvent une radicalité très éloignée de la prudence traditionnelle des grands chercheurs. En 2011, par exemple, dans la foulée de son livre Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? il affirme lors d’une conférence organisée par Google que la philosophie est morte et a été remplacée par la science pour répondre aux grandes questions de l’humanité. Ces dernières années, on l’a surtout connu dans un rôle d’oracle pessimiste sur le devenir de l’humanité.

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Ainsi, en 2014, dans une interview à la BBC, il s’exprime sur sa crainte concernant les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle (IA). «Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait signer la fin de la race humaine,prédit-il. Elle pourrait prendre son indépendance et se reprogrammer elle-même de plus en plus vite. Les êtres humains, limités par leur lente évolution biologique, ne pourraient pas lutter et seraient remplacés.» Le fin connaisseur des singularités cosmologiques que sont les trous noirs rejoint ainsi les nombreux adeptes de la singularité technologique emmenés par le futurologue Ray Kurzweil, qui s’attendent à l’avènement d’une intelligence artificielle supérieure d’ici à 2045.

Si ce dernier est invariablement optimiste, espérant la fin de la mort elle-même, Hawking se range avec d’autres comme Elon Musk et Bill Gates sur une position un poil plus apocalyptique. Son engagement pour un contrôle des progrès de l’IA le poussera à rejoindre Musk au sein de l’institut Future of Life et à signer en 2015 une lettre ouverte contre le développement des armes autonomes.

«Apprendre à partager»

Toujours en 2015, Hawking surprend en s’associant au programme Breakthrough Initiatives destiné à détecter des signaux d’une hypothétique civilisation extraterrestre et financé à hauteur de 100 millions de dollars par le milliardaire russe Iouri Milner. Difficile de ne pas faire le rapprochement avec un autre scientifique et vulgarisateur de renom, Carl Sagan, qui avait signé la préface d’Une brève histoire du temps et qui s’était investi toute sa vie sur ce sujet.

En juillet 2016, c’est sur un terrain plus politique qu’on le retrouve. A la suite du référendum sur le Brexit, il signe une tribune dans le Guardianoù il établit que, pour pouvoir sur­vivre aux défis à venir (changement climatique, surpopulation, épidémies, etc.), l’humanité va devoir redéfinir la notion même de richesse : «Comme les enfants, nous allons devoir apprendre à partager.»

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Il retrouve en novembre 2016 un ton plus inquiétant pour une de ses dernières interventions. Lors d’un débat organisé à Oxford, il affirme ainsi : «Je ne crois pas que nous puissions survivre 1 000 années de plus sans nous échapper de notre fragile planète.» Mais tout n’est pas perdu. Lors de cette même intervention, il se féliciteaussiréjouit : «Le fait que nous, les humains, qui ne sommes que de simples particules de la nature, ayons été capables d’être si proche de comprendre les lois qui nous gouvernent et qui gouvernent l’univers, est déjà en soi un triomphe.»

Libération – Par Erwan Cario —