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Bahreïn se rêve en phare régional de la Fintech


 

BNP Paribas est l’un des partenaires fondateurs de Bahrain FinTech Bay, un campus dédié aux startups de la finance inauguré ce mercredi. Le petit pays du Golfe, dépendant des revenus du pétrole, cherche à se diversifier en capitalisant sur son leadership en finance islamique, un cadre réglementaire souple et la forte présence d’expatriés.

Préparer l’après-pétrole et réduire l’impact des fluctuations des cours du baril : comme d’autres pays du Golfe, le petit royaume de Bahreïn, un archipel de 36 îles face à l’Arabie saoudite et au Qatar, est engagé dans une stratégie de diversification de son économie. Depuis un an, le pays de 1,3 million d’habitants cherche à attirer les talents des jeunes entrepreneurs et des startups de la finance. Ce mercredi, est officiellement inauguré un lieu qui leur consacré, Bahrain Fintech Bay, à la fois incubateur et lieu de co-working. BNP Paribas fait partie de la vingtaine de partenaires fondateurs, aux côtés notamment d’American Express, Cisco, Microsoft et Roland Berger. Le groupe bancaire français emploie 278 personnes à Bahreïn, dans ses activités de banque de financement et d’investissement.

L'incubateur Bahrain Fintech Bay est logé dans l'immeuble moderne d'Arcapita Bank, firme d'investissement spécialiste de la finance islamique, dans la capitale, Manama.

L’incubateur Bahrain Fintech Bay est logé dans l’immeuble moderne d’Arcapita Bank, firme d’investissement spécialiste de la finance islamique, dans la capitale, Manama. (Crédits : DR)

Cet incubateur, qui sera piloté par le singapourien FinTech Consortium, s’étend sur 1.000 mètres carrés dans un immeuble moderne de la capitale, Manama, où se trouve le siège d’Arcapita Bank, une firme d’investissement spécialiste de la finance islamique.

« Bahrain Fintech Bay est le plus grand hub de la Fintech de la région Moyen-Orient-Afrique du Nord. Bahreïn a l’ambition de développer son écosystème et de devenir le Singapour du Golfe pour la Fintech, le laboratoire d’essai de la région, grâce à un régulateur favorable à l’innovation », nous explique David Parker, directeur exécutif en charge des services financiers du Bureau de développement économique du Bahreïn.

« Bac à sable réglementaire »

La banque centrale de Bahreïn a créé une équipe dédiée aux Fintech et mis en place il y a quelques mois une « sandbox »réglementaire, un cadre très souple d’expérimentation de neuf mois pour les jeunes pousses, inspiré de celui en vigueur à Singapour. Plusieurs nouveaux entrants de la région ont fait leurs premiers pas dans ce « bac à sable réglementaire », notamment la startup britannique Tramonex (transferts internationaux en utilisant la technologie Blockchain) et l’émiratie Now Money (transfert d’argent mobile pour les migrants). Abu Dhabi a aussi lancé sa « sandbox », le RegLab, fin 2016, et un accélérateur Fintech  en partenariat avec le californien Plug and Play.

Le montant de l’investissement gouvernemental est confidentiel. Le royaume fournit les locaux et subventionnera le projet pendant deux ans. Le lieu pourra accueillir jusqu’à 45 startups, de la région mais aussi d’ailleurs.Trois Fintech américaines, RobustWealth (gestion de fortune), OffrBox (transactions immobilières sur la Blockchain) et Sigma Ratings (évaluation des risques corporates par l’IA) s’y sont déjà installées, ainsi que la jordanienne Labiba (chatbots).

« Ce sera un peu comme Station F mais en plus petit », compare David Parker, venu à la rencontre des jeunes pousses françaises fin janvier, à l’occasion du Paris Fintech Forum. « Il y a beaucoup de startups à Bahreïn », assure David Parker, « notamment dans l’univers du paiement, par exemple PayTabs. »

Cette plateforme de paiement en ligne, immatriculée en Arabie saoudite, mais dont les activités principales sont situées au Bahreïn, a levé 20 millions de dollars l’été dernier. Le site Angel List recense une soixantaine de startups dans le petit Etat du Golfe. La région Moyen-Orient-Afrique du Nord est cependant à peine visible dans la monde de la Fintech, représentant à peine 1% des 50 milliards de dollars d’investissements réalisés dans le secteur depuis 2010, selon Accenture, comme le soulignait le Dubai International Financial Centre au lancement de son propre accélérateur Fintech il y a un an, le tout premier ouvert dans la région.

La finance islamique à la mode Blockchain

Plus petite économie des pays du Golfe, Bahreïn est une place financière importante de la région, mais pas la première : elle a d’ailleurs signé un accord de coopération avec Abu Dhabi dans la Fintech. Le bureau de développement économique espère construire un écosystème et met en avant ses atouts, dont les coûts moins élevés qu’à Dubaï et la possibilité d’entreprendre avec des capitaux 100% étrangers :

 « La finance est d’ores et déjà le premier contributeur au PIB non pétrolier : plus de 30.000 personnes travaillent dans le secteur, 400 institutions financières sont dotées d’une licence », souligne David Parker. « Bahreïn a été pionnier dans la finance islamique dès les années 1970 et c’est aujourd’hui le premier pôle régional de la finance islamique et le deuxième dans le monde, derrière la Malaisie. »

Le premier consortium Fintech de banques islamiques, Algo, a été créé en décembre dernier à l’initiative de deux établissements du royaume, la Bahrain Development Bank et Al Baraka Banking, avec la Kuwait Finance House.

La technologie Blockchain (sous-jacente des monnaies virtuelles) aurait un important potentiel dans la finance islamique, afin de simplifier les transactions entre des institutions financières appliquant différentes versions de la Charia. L’immobilier, l’assurtech, les paiements et la Regtech (réglementation) sont les autres axes de développement prioritaires du Bahrain Fintech Bay.

Bahreïn se propose d’être « la piste d’atterrissage » de startups voulant s’adresser au marché du Moyen-Orient ou de l’Afrique du Nord, aux besoins aussi divers que l’envoi d’argent à leur famille par les nombreux ouvriers venus des Philippines, d’Inde et du Pakistan, ou des services haut de gamme pour les expatriés ou les grandes fortunes du pays, qui compte plus de non-nationaux que de Bahreïniens.

Pour attirer les startups étrangères, le petit pays du Golfe, qui a récemment fait l’objet d’un rapport alarmant de l’ONG Human Rights Watch sur la répression de la dissidence par retrait de la nationalité et figure parmi les 17 juridictions de la liste noire des paradis fiscaux de l’Union européenne, veut se forger une autre image, celle de « l’économie la plus ouverte et la plus libérale de la région », d’une société moins conservatrice où l’alcool est en vente libre par exemple. Bahreïn ressort à la 13e place des pays préférés des expatriés dans l’étude Expat Explorer de HSBC, derrière les Emirats arabes unis (10e).


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