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L’Afrique des lumières : accès à l’électricité et émergence du made in Africa [Tribune]


afrique.latribune.fr | Par Yann Kasay, fondateur de la startup franco malgache Jirogasy  |  
Jirogasy conçoit et assemble des stations solaires multi-usages « made in Madagascar » qui permettent d’éclairer un foyer de plusieurs pièces. La startup facilite l’électrification des zones rurales de Madagascar afin de favoriser l’émancipation de ses populations, où 84 % des habitants n’ont pas accès à l’électricité, grâce à son réseau rural de micro-entrepreneurs.
Jirogasy conçoit et assemble des stations solaires multi-usages « made in Madagascar » qui permettent d’éclairer un foyer de plusieurs pièces. La startup facilite l’électrification des zones rurales de Madagascar afin de favoriser l’émancipation de ses populations, où 84 % des habitants n’ont pas accès à l’électricité, grâce à son réseau rural de micro-entrepreneurs. (Crédits : DR)
La moitié des habitants du continent africain n’a pas accès à l’électricité. En 2030, ce chiffre s’élèvera à 66%, soit plus d’un milliard de personnes. Les projets solaires offgrid (hors réseaux) semblent être la solution la plus adaptée pour électrifier le continent. En effet, ces installations autonomes qui stockent l’énergie solaire pour une utilisation ultérieure sont idéales dans les zones non raccordées ou non desservies par des réseaux électriques, comme c’est le cas dans de nombreuses zones rurales africaines.

Si le secteur de l’énergie solaire offgrid est l’un des secteurs regroupant le plus d’investissements sur le continent africain, le développement d’une industrie made in Africa est encore timide et mérite d’être soutenue afin que l’Afrique émerge également grâce aux africains.

Etat des lieux du secteur offgrid en Afrique

Dans les années 2000, les premiers produits distribués par les startups du secteur sont des lampes solaires. Accessibles à tous car à faibles coûts, ces dispositifs répondaient à l’époque aux besoins élémentaires des utilisateurs : éclairer et recharger son téléphone. A partir de 2014, l’essor du téléphone portable en Afrique et le développement de systèmes de paiement « pay as you go » (PAYG) ont permis de proposer des kits solaires plus puissants que les modèles précédents moyennant un paiement en plusieurs fois par « mobile banking ». En lissant l’achat du matériel sur plusieurs mois, le modèle PAYG a favorisé l’accès au plus grand nombre de ces solutions devenues bien plus performantes.

Cependant, le rapport GOGLA de janvier 2018 permet d’identifier les limites auxquelles les startups de première génération du secteur offgrid sont confrontées et donne des recommandations afin d’optimiser leurs impacts pour les populations qui n’ont pas accès à l’électricité.

Des offres en électricité qui peuvent être optimisées ?

Au regard des services actuellement proposés par les acteurs du offgrid, il semblerait que les offres en électricité de ces startups soient relativement homogènes. Le « rattrapage » technologique de l’Afrique entrainant une évolution rapide des habitudes de consommation d’électricité sur le continent (augmentation de la puissance liée aux besoins évolutifs du quotidien), les stations ou autres boitiers solaires proposés actuellement ne semblent pas permettre de répondre de manière optimale à la demande croissante en électricité, notamment dans les zones rurales. Le rapport GOGLA souligne par exemple les difficultés des projets existants à pénétrer le marché rural et donc à avoir un impact significatif sur le développement de ces régions.

Par ailleurs, en l’absence d’innovation hardware sur ces produits, des copies de modèles chinois produites à faible coût gagnent de nombreuses parts de marché, pouvant inciter les acteurs du secteur à se lancer dans une compétition par le prix au détriment de moyens déployés dans l’innovation de ces stations solaires.

Le made in Africa comme source d’innovation

Les acteurs, mais également les investisseurs du secteur offgrid, ne doivent pas se tromper de combat. L’émergence de l’Afrique passera par l’innovation proposée depuis le continent plus que par la guerre des prix qui peut être menée, même sur un marché relativement jeune. C’est l’enjeu du made in Africa qui a pour objectif de créer un savoir-faire industriel qui se rapproche au plus près de la réalité de l’Afrique et de ses nombreuses spécificités.

Alors qu’une partie substantielle des savoir-faire se perd inévitablement à la suite de la délocalisation des chaînes de production dans les pays à main d’oeuvre bon marché, notamment en matière d’industrie solaire, le made in Africa fait le pari de regrouper les chaînes d’assemblage et les centres d’innovation sur le territoire africain. En plus de participer au renforcement et à la croissance du tissu économique local, il offre aux entreprises une plus grande flexibilité. En effet, en s’affranchissant des sous-traitants, les entreprises modulent plus aisément leur production afin de satisfaire un marché africain exigent, mais surtout en constante évolution, de manière probablement plus rapide que n’importe où ailleurs sur terre.

Enfin, concentrer ces savoir-faire industriels localement permet de mettre en place un environnement propice à l’innovation. Montrer aux africains qu’il est possible de bénéficier d’une croissance issue de transformations endogènes, cela doit aussi être l’ambition du made in Africa. Car ce projet dépasse le seul cadre de l’entreprise. L’entretien et la croissance du tissu économique local doivent nourrir une vision plus large : celle d’une plus grande indépendance économique et politique de l’Afrique.
Yann Kasay est le fondateur de la startup Jirogasy. La société conçoit et assemble des stations solaires multi-usages « made in Madagascar » qui permettent d’éclairer un foyer de plusieurs pièces. Jirogasy facilite l’électrification des zones rurales de Madagascar afin de favoriser l’émancipation de ses populations, où 84 % des habitants n’ont pas accès à l’électricité, grâce à son réseau rural de micro-entrepreneurs.


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