Isabelle Mashola, CEO d’Isahit, a reçu ce vendredi 25 mai 2018 à  Viva Tech le Business O Féminin Award 2018. Ce prix distingue une fondatrice d’une start-up du secteur numérique avec de fortes ambitions de développement à l’international.

Isahit, fondé en 2016, est une plate-forme qui met en relation des autoentrepreneurs africains avec des entreprises qui sous-traitent des tâches informatiques. Les travailleurs, baptisés « HITers » pour Human Intelligent Task, se connectent et réalisent des tâches envoyées par 26 entreprises françaises partenaires : quelques start-ups, des sites e-commerce et même une groupe mondial BNP Paribas.

La tâche peut être un traitement de données, une analyse de données ou de la création de contenu. «  Ces entreprises utilisent souvent l’intelligence artificielle. Mais les robots ne peuvent pas tout faire, la lecture automatique d’une facture sera par exemple impossible si elle est écrite à la main. Nos HITers vont alors vérifier le travail de l’IA ou le réaliser à sa place » , explique Isabelle Mashola.

Une dizaine de pays d’Afrique francophone

L’entrepreneuse a créé Isahit avec Philippe Coup-Jambet en juin 2016, après être passée par plusieurs grands groupes. « A l’époque je travaillais pour Publicis. J’ai décidé de changer et de soutenir les femmes dans la révolution numérique. » Les femmes, souvent étudiantes ou entrepreneuses, sont privilégiées au recrutement. Elles sont ensuite formées et disposent également d’un chatbot en cas de questions.

Si Isahit est basé à Paris, la start-up noue des partenariats avec des associations et des incubateurs locaux pour proposer des lieux de  co-working à ses autoentrepreneurs. La plate-forme a été lancée pour la première fois à Dakar, en décembre 2016, avant de s’étendre à une dizaine de pays d’Afrique francophone. Le marché le plus conséquent est désormais la Côte d’Ivoire, avec une centaine de HITers.

Se développer en Asie et en Afrique anglophone

Isahit n’est pas le principal employeur de ces travailleurs. Avec 100 heures de travail maximum, les revenus n’excèdent pas 280 euros par mois. Un salaire à 2,80 euros de l’heure est avantageux pour les entreprises qui externalisent. Mais, selon Isabelle Mashola, cette externalisation est aussi positive pour les autoentrepreneurs. Plus de 500 millions d’Africains vivent en effet sous le seuil de pauvreté de 2 dollars par jour d’après l’OCDE. Un impact cependant déshumanisé : le client ne sait pas qui réalise le travail et n’est jamais en contact avec cette personne.

Afin de garantir une couverture 24h/24 et 7j/7, Isabelle Mashola veut se développer dans une dizaine de pays supplémentaires. Elle vise notamment  l’Asie , avec les Philippines, et des pays africains anglophones, comme le Rwanda, le Nigeria et la Tanzanie.L’entrepreneuse veut également ouvrir sa base d’entreprises clientes à l’Afrique. Pour porter ce développement international, une deuxième levée de fonds de 2 millions d’euros devrait être bouclée en septembre 2018, après les 800.000 euros levés en septembre 2017.