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Cette application veut détecter toutes sortes de maladies avec un simple test de salive


Les fameux « ciseaux à ADN » CRISPR, des chercheurs ont mis au point un test génétique simple et peu coûteux.

GÉNÉTIQUE – Actuellement, pour savoir si vous êtes atteints du virus Zika, de la dengue, du papillomavirus ou d’une maladie génétique rare, il faut réaliser des examens coûteux en laboratoire. Mais des chercheurs espèrent rendre cela aussi simple qu’un test de grossesse.
C’est en tout cas la promesse de la start-up Mammoth BIosciences, rendue publique ce jeudi 26 avril, rapportent TechCrunch et The Verge. L’idée semble toute simple: il suffirait de déposer un échantillon de salive, d’urine ou de sang sur un petit papier de test de la taille d’une carte de crédit.
En moins d’une demi-heure, certaines zones s’illuminent. L’utilisateur prend en photo l’échantillon avec une application dédiée sur smartphone qui vous précise si vous atteints d’un des virus ou maladies testés.
Pour l’instant, la société a mis au point des prototypes et il y a encore du travail avant d’avoir une solution efficace et sûre. Mammoth Biosciences envisage de commercialiser son test dans les prochaines années, à un prix « accessible et raisonnable », selon Trevor Martin, PDG et chercheur en biologie, interrogé par The Verge.
Le ciseau à ADN Crispr, futur Google de la génétique ?

Comme beaucoup d’innovations en génétique ces dernières années, ce test a été rendu possible grâce à un outil découvert en 2012: Crispr-Cas9. Ces « ciseaux à ADN« , très précis et peu coûteux, permettent de cibler très facilement une séquence d’ADN bien spécifique et de la couper. Voire de la remplacer.

Porcs OGM donneurs d’organesrésurrection de mammouthsdestruction des moustiques… Les exemples d’applications possibles de cette petite révolution génétique ne manquent pas. Mais ici, les chercheurs ne veulent pas spécialement modifier l’ADN. Simplement repérer des morceaux bien spécifiques du génome.

Pour Trevor Martin, interrogé par TechCrunch, « Control + F est la partie la plus excitante », de la révolution Crispr. C’est à dire la possibilité de trouver très facilement quelque chose dans la salive ou le sang, comme avec la fonction « rechercher » (CTRL+F) d’un ordinateur. Par exemple, la séquence d’un virus. Ou d’une modification génétique. « Un peu comme Google », estime le fondateur de Mammoth Biosciences.

Des « cas » différents

Crispr-Cas9 est l’assemblage de deux choses bien différentes. La première, Crispr, est une propriété découverte dans certaines bactéries. Pour faire simple, Crispr permet de reconnaître une séquence de bases (les fameux A-C-C-G) au milieu d’un brin d’ADN très facilement. Un peu comme Google, donc.

Les pionniers de cette technologie ont ensuite couplé cela avec une enzyme bien particulière, baptisée « Cas9 ». Elle a le rôle du ciseau: c’est elle qui va couper l’ADN à l’endroit précis choisi par Crispr.

Mammoth Biosciences utilise de son côté deux autres enzymes, Cas 12 et 13, qui alliées à Crispr, font également des miracles. La première coupe l’ADN, mais également un « gène rapporteur » fluorescent. Quand celui-ci est relâché, il est alors possible de le détecter visuellement. Encore une fois, un peu comme avec un test de grossesse.

Cas 13 fait la même chose, mais en ciblant l’ARN. Similaire à un ADN, mais ne disposant que d’un brin, cet autre composé est présent dans la plupart des organismes et sert notamment à fabriquer les protéines ou à transporter des informations génétiques. De nombreux virus ne sont composés que d’ARN. En mêlant Cas 12 et 13, les chercheurs estiment être capables de « détecter virtuellement tout type d’acide nucléique ».

Concurrence à venir

D’ailleurs, le but de Mammoth Biosciences n’est pas de proposer un test universel fait maison, mais de permettre à des partenaires (universités, laboratoires, etc) de mettre au point divers tests de détection sur sa plateforme.

Si la start-up avance vite, ce n’est pas pour rien. Elle ne va sûrement pas rester seule sur le marché très longtemps. Les études fondamentales qui ont démontré l’efficacité de Crispr Cas 12 et 13 ont été publiées ces deux dernières années dans des revues scientifiques telles Nature et Science.

Et si une partie des chercheurs ont depuis rejoint Mammoth Biosciences, d’autres travaillent sur une plateforme concurrente. Ainsi, en février dernier, un groupe de scientifique dévoilait son avancée dans ce domaine avec SHERLOCK, capable de détecter plusieurs virus en même temps.

Le test est très similaire à ce que propose Mammoth Biosciences, avec un résultat qui se lit directement sur le petit bandeau de papier.

ZHANG LAB/MIT/HARVARD

James Collins, principal auteur de l’étude, expliquait en 2017 qu’il cherchait activement un moyen de commercialiser SHERLOCK. Mammoth Biosciences ne devrait pas rester seul sur le marché très longtemps.

A noter que cette concurrence est vieille comme la découverte de Crispr. Derrière la start-up Mammoth Biosciences, on trouve Jennifer Doudna, de l’université de Berckeley. Du côté de SHERLOCK, c’est Feng Zhang, du MIT, qui participe aux recherches. Les deux chercheurs se livrent une bataille judiciairedepuis des années pour savoir lequel aura le droit de déposer les brevets liés à la technologie Crispr-Cas9.

Le HuffPost – Par Gregory Rozieres


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