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Rencontres NumAf : Numérique et innovation sociale, traits d’union entre la France et l’Afrique


Pour leur 4e édition, les Rencontres des entrepreneurs du numérique Afrique France (NumAf) se sont tenues à Bordeaux dans le cadre des Journées nationales des diasporas africaines. L’occasion pour les startups africaines et françaises d’échanger sur « l’innovation sociale au cœur du développement numérique des territoires africains » et de rappeler que le numérique doit se faire avant tout avec l’humain tout en prenant compte les problématiques des territoires.

« Skype est notre bureau« , assure Isabelle Berrier, invitée des 4es Rencontres des entrepreneurs du numérique Afrique France (1). La présidente fondatrice de Welcoming Diasporas ne tarit pas d’éloges en ce qui concerne la dématérialisation de la communication entre les entreprises françaises et celles du continent africain. Elle constate que les relations commerciales entre la France et l’Afrique subsaharienne notamment, sont en train de prendre le tournant du numérique.

« Nous utilisons l’outil digital du début à la fin, en imprimant peu de choses et en mobilisant les gens sur les réseaux sociaux, explique-t-elle. Nous avons créé une semaine de rencontre économique, sociale et culturelle. La première fois nous avons réussi à faire venir 5.000 personnes pendant toute une semaine à Paris en ne déboursant que 150 000 €. Alors que généralement c’est le même prix pour une seule soirée. La seconde édition s’est déroulée à Dakar. Je suis allé deux fois au Sénégal pour l’organisation, mais tout le reste l’événement a été piloté grâce à Internet. C’est vraiment grâce aux outils numériques qu’on y arrive. »

Ce constat des bienfaits du numérique dans les relations entre le continent africain et la France est le même pour Hatoumata Magassa, responsable de programmes Diasporas & incubations à Bond’Innov et Afriqu’Innov :

« Grâce à notre plateforme en ligne, nous développons des outils numériques pour accompagner les entrepreneurs où qu’ils soient. Ainsi, nous leurs proposons des formations, nous les accompagnons au niveau de la structuration de leurs projets ou encore pour affiner leur stratégie business en amont afin d’éviter quelques erreurs basiques. »

D’autres projets comme la plateforme dédiée au développement des échanges professionnels entre femmes bordelaises et africaines du numérique mise en place par LConnect « a permis de connecter des femmes qui n’osaient pas se retrouver entre elles« , assure Audrey Guidez, membre de l’association bordelaise. Des projets qui émergent également grâce à l’ouverture de data centers un peu partout en Afrique notamment au Cameroun et au Sénégal. De plus, depuis l’an dernier l’ESA, l’agence spatiale européenne, donne accès librement à ses images, vidéos et données. Soit 15 ans d’innovations et de recherche à disposition pour innover, notamment avec la possibilité d’utiliser une géolocalisation précise.

Les Rencontres des entrepreneurs du numérique Afrique France sont organisées par la mairie de Bordeaux et l'association Bordeaux Entrepreneurs.

Les Rencontres des entrepreneurs du numérique Afrique France sont organisées par la mairie de Bordeaux et l’association Bordeaux Entrepreneurs. (Crédits : Mila Ta Ninga)

L’innovation sociale : un pilier du développement numérique

Les entrepreneurs africains font le pari qu’il faut développer et améliorer les idées déjà en place grâce au numérique. Ainsi, pour Isabelle Berrier, « l’innovation sociale prend tout son sens dans le numérique, surtout quand on voit les nombreux entrepreneurs présents sur le continent« .

« Il y a une vraie dichotomie entre les États qui sont en train d’alourdir les formalités administratives et une personne, par exemple, qui depuis le fin fond de son garage va réussir à trouver une solution complètement adaptée à son problème. C’est la société civile qui fait l’innovation sociale au quotidien. Quand le numérique arrive, elle le prend à bras le corps parce que c’est un outil qui va permettre de rendre les solutions formelles. La jeunesse d’aujourd’hui permet de rendre visible cet informel auquel nous n’accédions pas », estime Isabelle Berrier, de Welcoming Diasporas.

Les plateformes dédiées à l’échange et l’autoformation dont les données sont en open sources permettent également d’éviter les écueils, les erreurs et de mettre à contributions des données importantes. Mais, les zones blanches sont encore nombreuses sur le territoire africain rappelle David Bled, fondateur de Newmips, startup bordelaise qui permet de créer facilement ses applications métiers à partir d’un système automate. Newmips est d’ailleurs en train de créer une solution pour travailler avec un web déconnecté.

« Chaque personne va trouver une solution pour répondre à une problématique bien précise dans son pays, en fonction de ses us, ses coutumes, son climat, le contexte, etc. Et ça, depuis n’importe quel pays européen, nous en sommes incapables. L’une des choses importantes est qu’une équipe en local soit à même de trouver les bonnes personnes, de faire les bons liens et de mettre en œuvre. En ça aussi le numérique peut faire beaucoup de chose », juge David Bled.

Des jeunes startups africaines pleines d’avenir

C’est en avançant avec cette idée d’une innovation sociale s’appuyant sur le numérique que 11 jeunes startups africaines, sont venues en résidence pendant 3 semaines en France, dans le cadre du programme de résidence entrepreneuriale de Bordeaux-Afrique (2). Pour cette édition 2018, les jeunes pousses sont venues du Burkina Faso, Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, Cameroun, pour rencontrer des investisseurs à Paris et à Bordeaux, mais également échanger avec des professionnels de leurs secteurs et d’autres acteurs économiques bordelais, comme l’école de commerce Kedge ou le cabinet de consultants Mazars. Une aubaine pour la fondatrice de la startup Vox Pop, Jessy Mbamba. La startup de cette jeune Camerounaise est tournée vers le marketing digital des entreprises de son pays. Cette agence de communication 2.0 veut « donner de la voix aux TPE et PME africaines pour qu’elles soient concurrentielles sur le marché national voire international« . Car « une des problématiques principales que nous avons décidé de porter est la communication, explique-t-elle. Il y a les problématiques de financement, de compétences et de temps. Mon agence leur propose des services de communication mutualisés. C’est à dire que nous mutualisons les moyens humains, mais aussi les données. Nous avons une plateforme numérique dans laquelle nous mettons à disposition des services de marketing digital mutualisés. Un étudiant, un professionnel, peut depuis Paris ou Douala, gérer sa TPE ou sa PME. » Sa venue en France lui a permis de convenir d’un partenariat avec les étudiants de Digital campus et des TPE camerounaises via la mise en place d’une plateforme de community management.

Tous sont partis d’un constat d’une situation dans leurs pays, se sont inspirés de solutions existantes mais mal adaptées pour développer leurs idées. Par exemple, Boubakar Keïta, un jeune entrepreneur de Bamako (Mali) a trouvé une solution pour faire des envois sécurisés de dossiers médicaux via SMS, il développe aussi une application pour lutter contre l’insalubrité dans la capitale, qui permet d’envoyer des signalements à des agents qui pourront réfléchir à des solutions plus globales que ponctuelles. D’autres entrepreneurs sont tournés vers le lavage de voiture à domicile ou trouvent une solution informatique pour que les pharmacies puissent mettre à disposition la géolocalisation de stocks de médicaments. D’autres encore s’engagent à créer des semences de maïs africaines afin de développer le secteur.

Tous ont l’ambition de travailler à moyen et long terme à l’intercontinental et pourquoi pas proposer leurs solutions à l’international.

« À Bond’Innov, nous valorisons les idées qui peuvent également inspirer des entrepreneurs français. L’aspect pragmatique fonctionne partout et les bonnes idées, si elles sont bien adaptées, également », conclut Hatoumata Magassa.

objectifaquitaine.latribune.fr
Par Mikaël Lozano  |   |  

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(1) Les Journées nationales des diasporas africaines sont organisé par la mairie de Bordeaux, le Club Bordeaux-Cameroun-France en partenariat avec Air France, Orange et Bordeaux Métropole. Les Rencontres d’entrepreneurs du numérique Afrique-France sont organisées par la mairie de Bordeaux et l’association Bordeaux Entrepreneurs.

(2) Ce programme existe depuis 2013 et est soutenu par la ville de Bordeaux, Bordeaux Métropole, le club Bordeaux-Cameroun-France, Air France et Orange.

 


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