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NEF 2018 : Aminata Garba ou comment les télécoms construisent l’avenir de l’Afrique


 

Spécialiste des technologies de l’information et des télécommunications d’origine nigérienne, Aminata Garba détaille les enjeux de l’accès à internet sur le continent africain, dans une interview donnée à Sciences et Avenir à l’occasion du Next Einstein Forum à Kigali.

A l'occasion du Next Einstein Forum, Aminata Garba explique sa vision des télécoms en Afrique.

A l’occasion du Next Einstein Forum, Aminata Garba explique sa vision des télécoms en Afrique.

Elle est aujourd’hui professeur assistant à l’université de Carnegie Mellon Africa, et directrice du Centre de recherche collaborative de Kigali. Son message ? Internet et les télécoms sont une formidable opportunité de développement pour l’Afrique… à condition de permettre à chacun de s’en saisir, y compris les personnes vivant dans les zones rurales défavorisées.

« Les agriculteurs africains vivant dans des zones rurales ne voient pas l’intérêt de Facebook »

« Seul 20% de la population africaine a accès à l’internet », rappelle en préambule la spécialiste des télécoms. Le clivage entre les villes et les campagnes reste encore trop présent, déplore-t-elle. « Mais il faut le faire à travers des applications concrètes qui intéressent les populations sur place, pas avec Facebook ! » Avec ses étudiants à Carnegie Mellon Africa, Aminata Garba travaille sur des systèmes d’irrigation intelligents, reposant sur des protocoles de transmission sans fil courte distance plus efficaces. « Ce n’est pas le cloud qui va intéresser en premier lieu les ruraux, estime la professeur assistant. Il faut déjà commencer par des applications locales vraiment utiles, d’autant plus que les infrastructures d’accès à internet restent parfois insuffisantes. »

Et ce même si certains pays, comme le Rwanda ou le Niger, se montrent très volontaires dans l’installation de la fibre optique. Pour compenser l’hétérogénéité de la couverture fibre et ADSL, reste alors les données mobiles, qui sont moins coûteuses à déployer pour les gouvernements. « Il faut évidemment adapter les infrastructures au contexte local : on ne peut pas toujours installer la fibre partout. »

 SMARTPHONES

Un autre problème, relève Aminata Garba, réside dans le coût des smartphones par rapport au niveau de vie en Afrique. « En zone rurale, ces appareils restent trop chers. D’un point de vue politique, l’un des leviers pour faire baisser les prix consiste à exempter ces produits de taxes. C’est en améliorant l’accessibilité aux smartphones en zones rurales qu’on pourra ensuite voir apparaître des contenus locaux et pertinents sur le web. » De quoi faire boule de neige et inciter en retour d’autres ruraux à s’équiper. « L’enjeu est aussi un enjeu de formation« , poursuit-elle. Autrement dit, les populations rurales ne s’y intéresseront qu’à une condition : comprendre ce que cette technologie peut concrètement améliorer à leur quotidien. « C’est comme ça qu’on développera l’économie numérique en Afrique »,conclut-elle.

 
Aminata Garba au Next Einstein Forum à Kigali
VIDEO. A l’occasion du Next Einstein Forum (NEF) qui se tenait cette année à Kigali (Rwanda) du 26 au 28 mars 2018Sciences et Avenir vous propose une série de portraits vidéos de jeunes chercheurs africains de haut niveau. Entretien vidéo avec Aminata Garba, spécialiste des technologies de l’information et des télécommunications, et lauréate du NEF cette année. Passée par l’université de Laval puis celle de McGill, au Canada, pour son doctorat, la Nigérienne a déjà occupé plusieurs postes stratégiques ayant trait à la régulation des télécoms en Afrique : elle a notamment été directrice générale de l’Autorité de régulation multisectorielle au Niger, a effectué des travaux de recherche avec Orange, puis avec le CNRS, et a enfin occupé un poste de direction à Afrinic, registre régional attribuant les adresses IP (et donc les noms de domaines) en Afrique.

Sciences & Avenir – Par Sarah Sermondadaz le 05.04.2018


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