En séparant les contenus des amis et ceux des pages professionnelles sur deux fils d’actualité distincts, Facebook accentue la visibilité des fake news. Le test, en cours dans certains pays, amènera-t-il le réseau social à abandonner cette piste décriée par plusieurs médias ?

C’est la nouvelle priorité de Facebook : mettre l’accent, dans son fil d’actualité, sur les contenus de vos amis et proches, au détriment de ceux proposés par des professionnels (médias, pages d’entreprise…).

Et si ce changement ne sera pas déployé avant un moment pour les utilisateurs, les premiers retours de l’expérimentation menée par le réseau social dans certains pays sur la division en deux fils d’actualité distincts — l’un, mis en avant, sur les contenus de proches, l’autre, moins visible et intitulé « Explore », sur les publications de pages professionnelles — sont loin d’être positifs.

Ainsi, en Slovaquie, au Sri Lanka, au Cambodge, au Guatemala et en Serbie, des médias ont pu constater que cette relégation des contenus professionnels au second plan avait tendance à favoriser la mise en avant de fake news et autres articles mensongers.

Facebook revendique sa « responsabilité » auprès des utilisateurs

« Les gens partagent rarement des actualités ennuyeuses constituées de faits ennuyeux » analyse ainsi pour le New York Times Filip Struharik, responsable des réseaux sociaux du média slovaque Dennîk N, qui a vu ses interactions Facebook chuter de 30 % après ces changements. Pour sa part, un média bolivien dont une partie des visites provient des réseaux sociaux déplore une baisse de trafic de 20 % sur son site.

Contacté par le New York Times, Facebook s’est contenté d’une réponse évasive par l’intermédiaire du responsable de son fil d’actualité, Adam Mosseri : « Nous avons une responsabilité vis-à-vis des [internautes] qui lisent, regardent et partagent des actualités sur Facebook, et tous les essais que nous réalisons sont faits avec cette responsabilité en tête. »

Facebook ne manque pas de souligner que ce double fil d’actualité est distinct des derniers changements en date annoncés par le réseau social, même s’ils visent le même objectif  : favoriser les contenus de proches plutôt que ceux de sources professionnelles.

Mais son expérimentation en cours donne parfois lieu à des situations aberrantes. En décembre, les utilisateurs slovaques de Facebook ont ainsi été nombreux à partager une fake news sur un musulman qui aurait alerté un piéton, pour le remercier de lui avoir rendu son portefeuille perdu, d’une attaque terroriste à venir sur un marché de Noël. Une invention démentie par la police face à l’ampleur des partages, mais dont le communiqué n’a pas pu apparaître sur le fil principal d’actualité de Facebook en raison de son statut de page professionnelle… contrairement à l’article incriminé.