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Après une levée de fonds réussie de plus de 20 millions de $, l’inventeur Rachid Yazami veut recharger ses batteries au Maroc


 

Rachid Yazami est depuis plus d’une trentaine d’années le chercheur marocain de référence. Polyglotte, passionné, ce scientifique a sillonné le monde pour persévérer dans son domaine de prédilection: les batteries. Il veut offrir sa dernière invention à son pays.

Dès les premières minutes de conversation, Rachid Yazami dénote par sa joie de vivre contagieuse. Chaque fin de phrase est ponctuée par un éclat de rire tonitruant. Les anecdotes se suivent et sont toutes passionnantes. Ce directeur de recherche au CNRS en France, a un parcours qui en ferait rêver plus d’un. Il est à l’origine de plusieurs découvertes qui ont ou vont révolutionner notre quotidien. Ses travaux sur les batteries au lithium, essentielles à la vie moderne dépendante des smartphones et aux énergies renouvelables font autorité.

 

Rachid Yazami, l’inventeur marocain qui révolutionne les batteries utilisées de nos jours, à Singapour. /Ph: Ore Huiying

Comme ses batteries, Rachid Yazami a la mémoire ultra-chargée. Il vit le premier tournant de sa carrière en 1972, alors qu’il est étudiant à la faculté des sciences de Rabat. «Un jour, je reçois un télégramme en plein mois d’août qui dit ‘Vous êtes admis en math sup, rejoignez le lycée Pierre Corneille de Rouen d’urgence’», confie à Yabiladi le scientifique. Ses parents «se sacrifient» alors pour lui payer un billet d’avion. Trois ans de dur labeur s’ensuivent, «des années très très dures» où la solitude et une masse de travail rythment son quotidien. Les offres d’écoles réputées pleuvent, lui choisit Grenoble.

«On est en 1975, je choisis l’Institut polytechnique qui dispose de six écoles d’ingénieur. La plus cotée est celle de l’informatique. On m’a proposé d’aller en mathématiques appliquées. J’ai dit non : je voulais faire de la chimie parce qu’au Maroc il y avait les phosphates. J’ai choisi de faire l’Ecole nationale supérieure d’électrochimie et d’électrométallurgie de Grenoble, qui était l’avant dernière, la cinquième sur six. C’est là que j’ai commencé à m’intéresser aux batteries.»

Une carrière qui passe par la NASA

En 1978, diplôme d’ingénieur en poche, Rachid Yazami opte pour la recherche. Il décroche un diplôme d’études approfondies (DEA) puis un doctorat d’Etat. Il découvre la batterie au lithium insérée de nos jours dans tous les téléphones et ordinateurs portables et désormais aussi dans les voitures électriques. «La découverte s’est faite fin 1979, début 1980. Ça a été un moment déterminant dans ma carrière mais malheureusement à l’époque, ni le CNRS, ni l’industrie française n’y ont cru.»

Lors de la présentation de ses travaux en 1983 à San Diego, en Californie, Yazami rencontre un professeur japonais passionné par son travail. Ce dernier l’invite à venir à Kyoto. «Dès que j’ai eu ma thèse en 1985, je lui ai écrit. Il a présenté un dossier au ministère japonais de la recherche scientifique pour que je leur rende visite. En 1988, je suis allé au Japon, invité par le gouvernement», raconte le scientifique. «J’en ai profité pour apprendre le japonais. J’ai passé environ deux ans entre Kyoto et Wedda.»

En 1990, il rentre à Grenoble et y reste pendant dix ans. Entre-temps, Sony le contacte pour annoncer la commercialisation d’une batterie rechargeable au lithium, en 1991. «Elle allait utiliser ma découverte, l’anode en graphite», précise le scientifique.

Deux ans plus tard, il fait une rencontre déterminante lors d’un congrès à San Francisco. L’organisateur n’est autre que le directeur des programmes de recherche sur la batterie de la NASA. Ce dernier le contacte pour lui proposer de venir animer la conférence pleinière. L’occasion de visiter le laboratoire de recherche de l’agence spatiale à Pasadena. «Pendant la visite, il a ouvert un bureau et m’a dit : ‘ça, Rachid, c’est ton bureau, tu viens quand tu veux, tu passes un jour, une semaine, un an, dix ans, tu y es le bienvenu.». Désormais père de famille, il déclinera toutefois la proposition. «Croyez le ou pas, en 2000, j’y suis retourné et il m’avait effectivement gardé le bureau !»

«La recherche sur les batteries est faite au Jet Propulsion Laboratory (JPL) en collaboration avec le California Institute of Technology. J’y ai alors travaillé en étant indirectement sponsorisé par la NASA.»

Une trouvaille qu’il rêve d’offrir au Maroc

Fort de son succès au pays de l’Oncle Sam, Rachid Yazami décide de fonder sa propre entreprise en Californie en 2007 et développe un autre type de batterie. «J’ai fait une levée de fonds de plus de 20 millions de dollars pour la start-up. C’était un record historique de Cal Tech. Jamais quelqu’un n’avait levé autant d’argent au premier round. Pas même Apple ou Windows», confie-t-il, pas peu fier. Les perspectives de développement seront moins prometteuses suite à l’arrêt des subventions pour le lithium lors du deuxième mandat de George Bush.

En 2010, une connaissance de Rachid Yazami l’informe qu’un professeur de Singapour souhaite le rencontrer. Ce dernier l’y invite pour l’inauguration d’un centre de recherche pour l’énergie. «En fait c’était un piège: ils voulaient me garder à Singapour. J’en ai parlé à ma famille le soir même de mon retour en France. Ma femme m’a dit : on y va», souffle le directeur de recherche du CNRS. Depuis, il est installé.

Malgré cette reconnaissance internationale, notamment avec le prix Draper en 2014, le Nobel des ingénieurs, une décoration du roi Mohammed VI et sa nomination en tant que membre au sein de l’académie Hassan II des sciences et techniques, l’homme de 64 ans demeure humble et attaché à son pays. «Le Maroc, j’y vais quatre à cinq fois par an. On garde toujours l’idée qu’on peut faire des choses mais il faut que le royaume soit prêt. Il faut que les choses aillent dans les deux sens.» Son statut au sein de l’académie des Sciences est une «opportunité de rendre tout ce que le Maroc m’a donné», dit-il quelque peu ému.

Sa dernière trouvaille devrait révolutionner le quotidien de chacun : un moyen de charger des batteries en un temps record. Rachid Yazami explique : «On a l’appareil qui le fait alors que les chargeurs actuels d’Apple ou de Samsung ne le font pas.»

«Cette technologie peut facilement être lancée au Maroc. Si des investisseurs veulent y mettre de l’argent, je rentre au pays. Un d’eux m’a dit ‘Rachid, ça c’est une technologie de plusieurs milliards de dollars’. Vous imaginez si la presse internationale titrait : ‘Le Maroc, pays africain et premier pays au monde à sortir la technologie qui recharge en dix minutes les téléphones portables et les voitures électriques’ !»

 

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