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Bitcoin : À la rencontre des nouveaux frappeurs de monnaie


 Source : lecho.be du 23 décembre 2017. Par Johann Harscoët
Le bitcoin n’est qu’une monnaie parmi tant d’autres dans le Far West des cryptomonnaies. Dans la Tech City de Londres, des start-ups comme Globcoin créent leur propre devise.
De nombreuses start-ups spécialisées en cryptomonnaies se développent dans le quartier de Barbican à Londres. © © belga

De nombreuses start-ups spécialisées en cryptomonnaies se développent dans le quartier de Barbican à Londres. ©  belga

Dans le quartier de Barbican, une bonne demi-douzaine de visites au Museum of London est nécessaire pour les passionnés d’Histoire qui souhaitent prendre le temps de parcourir 2000 ans d’aventure humaine dans ce qui est devenu la capitale du Royaume-Uni et de la finance européenne.

Parmi les trésors cachés, il y a cette collection fascinante de 5.051 pièces d’argent, d’or, de cuivre et d’alliage frappées à l’époque romaine. Toutes sont datées, décrites et répertoriées. Certaines sont dans un état si délabré qu’elles ressemblent à tout, sauf à une pièce de monnaie. D’autres ont encore leurs symboles visibles. Certains représentent l’empereur en exercice, d’autres un dieu ou une déesse, de la paix, du soleil, ou de quelqu’autre élément d’inspiration divine.

Ainsi les citoyens et sous-citoyens de l’empire romain se faisaient-ils confiance entre eux il y a 2.000 ans: par un objet reproductible fabriqué et validé par une autorité centrale, humaine, et dont la finalité était sublimée par une divinité naturelle ou imaginaire.

C’est à 200 mètres de ce trésor de pièces plus ou moins brillantes, sonnantes et trébuchantes que nous avons rencontré les « frappeurs de monnaie » des temps modernes. Ou qui espèrent le devenir. La start-up Globcoin, ainsi que tous les autres créateurs de monnaie virtuelle, ferait même pâlir d’envie un empereur romain puisqu’elle dispose théoriquement de la capacité de faire circuler sa monnaie dans le monde entier, en temps réel, dans l’absolue totalité des territoires. Pour peu que l’émetteur/récepteur de la transaction dispose d’une bonne connexion internet.

La gestion de risques pour tous

« Taking currency beyond national borders » est la devise de cette plateforme, qui fournit aux particuliers une technologie leur permettant d’accéder à une meilleure gestion des risques liés aux taux de change. « En dehors des gros clients et des grosses entreprises, aucune banque et aucun courtier n’offrent un tel service », affirme Globcoin.

Avec sa plateforme, basée sur la technologie de la blockchain, qui est par ailleurs la structure primaire du bitcoin, Globcoin propose aux clients une sélection de 15 devises avec différentes pondérations, permettant de créer une monnaie plus stable encore que le franc suisse.

La directrice financière, Linda Leaney, explique plus en détail le principe: « Imaginez que votre famille soit présente dans plusieurs pays et que l’un des membres souhaite faire un placement de 5.000 euros pour limiter le risque. S’il va vers une banque classique, elle refusera de prendre en charge une telle gestion car le niveau d’investissement sera très inférieur à ses standards. Les particuliers ne savent pas quelle monnaie va monter ou descendre dans les mois à venir, et n’ont pas le temps de faire un travail de réflexion à ce sujet. La technologie nous permet aujourd’hui de gérer un grand nombre de comptes de façon automatique. Nous avons un panier de 15 devises qui représentent le monde. Elle représente en soi une monnaie globale. »

Dans ce nouveau Far West de la finance, qui déstabilise et divise les théoriciens des banques centrales, les pièges sont nombreux. Les désillusions, voire les tragédies personnelles, seront inévitables dans les années à venir. L’avènement des monnaies virtuelles est pourtant une évidence. Échanger un bitcoin, ou faire un placement dans une monnaie virtuelle créée à partir d’un ensemble de devises traditionnelles devrait devenir aussi naturel qu’envoyer un message électronique ou faire un virement sur un compte épargne. Le tout est de savoir à quel rythme les petits investisseurs prendront conscience de cette révolution, et prendront confiance dans ces nouveaux instruments.

Aussi révolutionnaire que la naissance d’internet

« Rien ne stoppera la progression des monnaies virtuelles, assure Linda Leaney. Le principe de la blockchain est encore difficile à comprendre pour les gens, c’est un peu comme le moment où internet est arrivé, personne ne voyait vraiment l’utilité, ça semblait très complexe. Mais cela a été un véritable tournant. Il en sera de même pour les monnaies virtuelles. »

Les principales places de développement des monnaies virtuelles en Europe sont Londres, Paris, Gibraltar, Genève, Tallinn, et le Luxembourg. Les trois principaux moteurs sont la force de la place financière, le degré de dynamisme de l’innovation technologique et le niveau de (sous-) régulation.

Les cryptomonnaies attirent des profils assez différents, voire opposés, qui vont basiquement des libertaires geeks aux financiers traditionnels. Globcoin se situe plutôt dans cette seconde catégorie. Cette start-up, qui compte une vingtaine de financiers, de développeurs et de marketeurs, appartient en effet au groupe OptimInvest, créé en Suisse il y a vingt ans par Helie d’Hautefort, qui gère de manière directe Globcoin. Dans ce coeur de métier qu’est le foreign exchange, OptimInvest a géré jusqu’à 20 milliards de dollars dans le cadre d’un partenariat de dix ans avec BNP Paribas.

ICO en janvier

La prochaine étape pour Globcoin est l’ICO (Initial Coin Offering), qui aura lieu à la mi-janvier. Une ICO est l’équivalent d’une levée de fonds, mais avec une monnaie virtuelle. 100 GCP (le nom de la monnaie virtuelle de Globcoin) seront échangés pour 1 ether (l’autre monnaie virtuelle dominante, après le bitcoin).

La frénésie actuelle autour du bitcoin ne constitue pas en soi un élément négatif ou positif pour Globcoin. « Le bitcoin, en ce moment, ça marche très bien pour la simple et unique raison que tout le monde en parle. Le problème, c’est que cette monnaie prend toute la lumière des cryptos, alors que d’autres monnaies, comme Globcoin, ont une valeur théoriquement comparable », regrette Linda Leaney.

Toute la question est de savoir combien de monnaies virtuelles l’économie mondiale pourra « héberger » sur le long terme.

Samedi prochain: Chainstarter, la start-up qui aide les entreprises à se financer avec des monnaies virtuelles.


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